Afin de mieux comprendre la situation des villageois de Rigaon, nous vous racontons ici l’incroyable parcours de Raju Tamang, qui est aujourd’hui le responsable du dispensaire « Ganesh Himal Health Center » et dont nous saluons le courage.

Il est un exemple pour beaucoup de villageois et un interlocuteur précieux pour tous nos projets réalisés à Rigaon. Il est d’ailleurs le président de NARAA, l’association locale représentant les villageois.

Un enfant studieux, obstiné et courageux

« Je suis né il y a 44 ans dans le village de Tawal (Rigaon). Mes parents étaient paysans et très pauvres. Mon père s’est engagé dans l’armée indienne pendant 18 ans. Je suis l’aîné des 4 enfants qui ont survécu. Ma petite enfance se passe au village jouer et à cueillir des fruits sauvages. Comme tous les enfants je vais chercher l’eau, le bois et l’herbe pour la maison et les animaux.

J’ai 10 ans quand je commence à fréquenter l’école primaire de Tawal en classe 1. J’aime étudier et pendant 5 ans, je suis souvent premier de ma classe. Contre l’avis de mes parents, je pars sans argent à Saat Dobate où se je suis accueilli en classe 6 d’une high school. J’ai 15 ans quand mon mariage avec Chosang, 13 ans, est célébré très simplement, je promets à son père de lui donner une belle vie.

A Saat Dobate, je suis hébergé chez des villageois dans une grange. En échange je fais quelques petits travaux. Comme nourriture j’apporte du millet, du « gundrunk » et du sel de la maison, je prépare mes repas moi-même sur un petit feu. J’étudie le soir jusqu’à 23h à la lueur d’une petite lampe à beurre. Je n’ai qu’un uniforme, je le lave le soir et le remets le lendemain encore mouillé ! Je me classe régulièrement dans les 3 premiers de la classe. Compte tenu de mes conditions de vie, mon entourage et mes professeurs sont surpris par mes résultats.

Les encouragements des professeurs

« Lorsque je suis en classe 9, je choisis l’option sciences. Mes amis s’étonnent de la difficulté de mon choix mais mes professeurs me poussent à garder cette option. Six mois après avoir passé le SLC, je suis admis à 20 ans en première division, sans moyen de continuer mes études. Je m’engage 6 mois comme volontaire dans une association népalaise RSDC (Rural Self relance Development Center). Je pars suivre une formation à Palpa où l’on nous enseigne comment réunir les villageois, leur parler d’hygiène, les inciter à moins boire de raksi, nettoyer leur maison, construire des toilettes. A la fin du stage, je suis le seul renvoyé chez moi... J’ai peur d’être éliminé. J’ai été reçu directement et je commence à former 14 comités dans le VDC de Rigaon.

Je construis chez moi les premières toilettes de Rigaon en bambou. Les villageois se mettent d’abord en colère, pensant que des mauvaises odeurs vont se propager près des maisons ! Je vais travailler pendant 4 ans et demi pour ce projet.

 


La rencontre avec l’ACFN

« En 1992, au cours d’une tournée dans les villages, j’ai rencontré Colette qui m’a proposé de reprendre des études et de préparer l’examen de CMA (Community Medical Asssistant). Après 18 mois d’études, je ne suis pas retenu à l’examen d’entrée au National Medical Collège de Birgung. Je prends alors contact avec un Campus de médecine à Tikapur dans le district très éloigné de Kailali. 80 places sont offertes mais nous sommes 600 à passer le concours d’entrée. Par crainte de perdre mon travail à RHDC, je ne parle pas de l’examen. Trois mois plus tard, j’apprends que je suis reçu, 3ème sur 80 étudiants. RHDC refuse d’abord ma démission car j’étais responsable de 4 VDC, puis accepte.

En 1995, je pars avec peu d’argent étudier à Tikapur, situé à la frontière de l’Inde, 22 heures de bus depuis Kathmandu. Je suis revenu seulement une fois chez moi. Ma fille Laxmi avait 2 ans et Chosang était enceinte de 2 mois de Bhumi Raj, la séparation a été difficile, mais nous avons gardé espoir.

Après ma formation, je veux travailler dans mon village et décide d’ouvrir une petite pharmacie à Tawal. Personne n’a confiance dans les médicaments : quand les bouddhistes sont malades, ils font venir les Lamas et les chrétiens eux lisent la bible !

Pendant 3 ans, je visite les malades après le passage des lamas ou des pasteurs et je leur propose mes médicaments. Je reste aussi volontaire au 1er dispensaire de l’ACFN à Salleri

En 1999, les travaux du nouveau dispensaire de Gamrang commencent et je travaille sur les plans du bâtiment. Des maçons et des charpentiers venus du Khumbu ont appris aux villageois à tailler les pierres et à poser des fenêtres pour faire une belle construction.

En avril 2001, je commence à travailler au Ganesh Himal Health Center et c’est ainsi depuis 14 ans. Au début, mon travail a été un peu difficile : j’avais seulement un « piun » pour m’aider et faire le nettoyage. Du matin au soir je travaillais et soignais entre 50 et 70 patients par jour. J’étais tellement heureux que je ne sentais pas la fatigue, les gens avaient confiance en mon travail. Aujourd’hui ma tâche est facilitée, je suis aidé et dispose de bons médicaments.

Grâce à l’ACFN Avignon, le Rotary de Menton, l’association de Simone didi et NAMASTE Monaco, un bâtiment supplémentaire, des panneaux solaires et un incinérateur ont été installés. Le dispensaire compte 7 salles et à l’extérieur, 3 toilettes et une douche. On peut aussi soigner les dents et les yeux avec du matériel apporté par des médecins.

Ma vie a aussi été transformée avec l’installation d’un logement où je peux vivre avec Chosang. Nos enfants ont grandi et étudient maintenant à Kathmandu. »

Aujourd’hui, Raju voit près de 6000 patients par an.

Propos recueillis par Colette Greves